À Fès-Meknès, l’excellence ne s’évalue pas seulement en notes

À Fès-Meknès, l’excellence ne s’évalue pas seulement en notes

Hicham TOUATI 

Un nom est prononcé. Puis un autre. À chaque appel, une famille retient son souffle, un enseignant retrouve le sourire, des camarades applaudissent avec une fierté sincère. Derrière ces quelques secondes passées sur une scène se cachent des mois de travail, parfois des années d’efforts, de doutes surmontés et de persévérance. C’est cette histoire silencieuse que l’Académie régionale de l’Éducation et de la Formation de Fès-Meknès a choisi de raconter, lundi 29 juin 2026, à l’occasion de son gala annuel de l’excellence, consacré aux élèves qui ont porté haut les couleurs de la région, dans les salles de classe comme sur les scènes artistiques, les terrains d’innovation et les espaces d’expression citoyenne.

Le premier hommage est naturellement revenu aux lauréats du baccalauréat. Les résultats obtenus cette année donnent une mesure concrète du chemin parcouru : 34 657 candidats admis, soit un taux de réussite de 62 % dès la session ordinaire, ainsi qu’un nombre particulièrement élevé de mentions et de moyennes d’excellence. Ces chiffres ne constituent pas une fin en soi. Ils traduisent surtout la qualité d’un travail patient mené dans les établissements scolaires de la région. La meilleure moyenne régionale, 19,34 sur 20, obtenue par Sara Abouzeid, illustre cette quête d’exigence. Autour d’elle, les premiers de chaque filière rappellent que l’excellence emprunte plusieurs chemins : les sciences expérimentales avec Souhaila Lachoui, les sciences économiques et de gestion avec Safae Aafifi, les sciences mathématiques avec Mohamed Rehali et Farouk Sboulih, les lettres et sciences humaines avec Mohamed Bouhmada, les sciences et technologies électriques et mécaniques avec Younes El Ouzzani, les arts appliqués, le baccalauréat professionnel ou encore le sport-études. À cette galerie des réussites s’ajoutent Maroua Hammoui, distinguée pour la meilleure moyenne des internats, ainsi qu’Asmae Abdelaoui, première au niveau régional parmi les candidats en situation de handicap visuel. Autant de parcours qui témoignent d’une même volonté d’aller jusqu’au bout de ses capacités.

Le palmarès présenté au cours de cette cérémonie refusait pourtant de réduire la réussite scolaire à une moyenne générale. Les équipes récompensées dans les festivals nationaux des collèges pionniers, les élèves distingués en théâtre interactif, en récit illustré, en interprétation scénique ou encore les champions nationaux de Robot Sport ont rappelé qu’une école vivante est aussi celle où l’on apprend à créer, à coopérer, à imaginer et à prendre la parole. En choisissant de mettre ces réalisations sur le même plan que les performances académiques, l’Académie affirme une conviction forte : former un citoyen ne consiste pas uniquement à transmettre des connaissances, mais à révéler des talents.

Cette idée traverse d’ailleurs toute l’intervention du directeur de l’Académie. « Cet hommage n’est pas une simple occasion de distribuer des prix et des certificats, mais un moment de reconnaissance méritée du travail, de la persévérance et de l’effort », a-t-il déclaré. Cette phrase résume l’esprit de la cérémonie. Le mérite n’y apparaît ni comme un privilège ni comme une récompense exceptionnelle, mais comme une valeur éducative à protéger. Investir dans l’école, a-t-il rappelé, revient avant tout à investir dans les femmes et les hommes qui construiront le Maroc de demain.

Les résultats obtenus cette année s’inscrivent dans une évolution plus large. L’Académie constate les premiers effets des réformes engagées dans le cadre de la Feuille de route 2022-2026. Les Écoles pionnières montrent des progrès encourageants dans les apprentissages fondamentaux et les pratiques pédagogiques. Les Collèges pionniers installent progressivement de nouvelles méthodes d’accompagnement des élèves afin de sécuriser leur parcours et de limiter les ruptures scolaires. Ces transformations demeurent parfois discrètes au quotidien ; elles deviennent visibles lorsque les élèves prennent confiance, réussissent leurs examens ou remportent des compétitions nationales.

Le directeur de l’Académie n’a pas présenté ces succès comme l’œuvre d’une seule institution. Il a tenu à associer à cette réussite l’ensemble de ceux qui rendent possible le fonctionnement de l’école publique : les enseignants, les équipes administratives, les inspecteurs, les directeurs provinciaux, les cadres techniques, les autorités territoriales, les élus, les partenaires institutionnels, les associations, les médias, les entreprises engagées aux côtés de l’école et, surtout, les parents d’élèves. Son hommage avait la sobriété des évidences : aucune réussite scolaire durable ne se construit dans la solitude.

Lorsque les derniers applaudissements se sont tus, il restait davantage que des trophées et des photographies officielles. Il restait l’image d’une région qui refuse de limiter l’excellence à quelques parcours d’exception. En célébrant avec la même considération la réussite académique, l’innovation scientifique, l’expression artistique, la citoyenneté et l’engagement collectif, Fès-Meknès dessine une ambition éducative qui dépasse largement une session d’examens. Les lauréats de 2026 repartent avec des distinctions ; la région, elle, repart avec une responsabilité : continuer à faire de chaque école un lieu où le talent peut être reconnu, quel que soit le chemin qu’il choisit d’emprunter.