À l’ENCG de Fès, le diplôme sous le regard des familles et du marché

À l’ENCG de Fès, le diplôme sous le regard des familles et du marché

Hicham TOUATI 

Pendant quelques instants, les applaudissements ne se sont plus adressés aux diplômés, mais à leurs parents. Dans l’enceinte de l’École nationale de commerce et de gestion de Fès, cette séquence a donné sa tonalité la plus juste à la cérémonie organisée jeudi 16 juillet 2026 pour la remise des diplômes de la 15ᵉ promotion. Derrière les résultats, les années d’études et les ambitions professionnelles, l’école a tenu à reconnaître la part de celles et ceux qui ont accompagné les étudiants sans toujours apparaître dans le récit officiel de leur réussite.

Trois cent trois lauréats ont reçu leur diplôme lors de cette cérémonie présidée par le Pr Mustapha Ijjaali, président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah. Ils sont issus des filières Contrôle, Audit et Conseil, Finance, Marketing, Logistique et Commerce international. La promotion compte également 83 étudiants internationaux représentant vingt nationalités, signe d’un recrutement qui dépasse désormais le seul cadre régional.

Responsables universitaires, enseignants, représentants d’institutions publiques et privées, dirigeants d’entreprise et partenaires économiques avaient pris place aux côtés des familles. Le protocole n’a pourtant pas effacé la dimension personnelle de la soirée. Les longs applaudissements adressés aux parents ont rappelé que la réussite universitaire porte rarement un seul nom. Elle repose aussi sur des années de présence, de soutien matériel, d’encouragements et de confiance.

Le Pr Mustapha Ijjaali a placé cette reconnaissance au cœur de son discours d’ouverture. « C’est un moment où l’on partage votre joie, où vos parents et vos formateurs sont fiers », a-t-il déclaré aux lauréats. Il a salué leur persévérance et leur engagement, tout en associant à leur réussite les enseignants, les responsables de filières, les équipes administratives et techniques ainsi que les partenaires qui les ont accueillis en stage ou accompagnés dans leurs projets.

Le président de l’USMBA a également donné au diplôme une portée qui dépasse l’accès à l’emploi. La mission d’un établissement d’enseignement supérieur consiste, selon lui, à accompagner « la croissance en humanité » des étudiants et à leur fournir les outils du discernement. L’université ne forme donc pas uniquement des cadres capables de répondre aux besoins du marché. Elle prépare aussi des femmes et des hommes appelés à comprendre des situations complexes, à exercer des responsabilités et à mesurer les conséquences de leurs décisions.

Le directeur de l’ENCG de Fès a poursuivi dans ce registre de reconnaissance collective. Il a rappelé les cinq années de formation, les nuits de travail, les doutes surmontés et la discipline exigée par le parcours. Aux familles, il a adressé l’une des phrases les plus applaudies de la soirée : « Le succès que nous célébrons aujourd’hui est intimement le vôtre. »

Son intervention a ensuite ramené les diplômés vers les réalités professionnelles qui les attendent. L’école s’appuie sur plusieurs entreprises et structures partenaires pour compléter la formation académique par des stages, des séminaires et des projets. Marjane, LMS, IT Road Group et Incubooster ont notamment été cités pour leur contribution à l’accompagnement des étudiants dans les domaines de la distribution, du conseil, des technologies et de l’entrepreneuriat.

L’ENCG de Fès met aussi en avant le rôle de ses quinze clubs étudiants. Forums de recrutement, compétitions d’entrepreneuriat, journées culturelles et actions sociales ont rythmé l’année universitaire. Ces activités placent les étudiants dans des situations où ils doivent travailler en équipe, prendre des initiatives, conduire un projet ou assumer une responsabilité.

Le directeur a invité les lauréats à rester ouverts au changement, à préserver leur intégrité et à ne pas réduire leur avenir à une fonction prédéfinie. Il leur a aussi conseillé d’entretenir leurs réseaux et d’accepter le risque que comportent l’innovation et l’entrepreneuriat. « Votre diplôme de l’ENCG de Fès est une clé précieuse. Mais la clé ne fait pas le chemin ; c’est à vous de tracer votre propre route », leur a-t-il dit.

Cette idée d’un parcours professionnel moins linéaire a également traversé le message de Sébastien Le Bonté, président de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc et parrain de la promotion. Retenu à Casablanca par ses obligations institutionnelles, il a confié la lecture de son discours à Wissal Naza, chargée d’affaires de la CFCIM à Fès.

Le président de la Chambre a insisté sur la nécessité de rapprocher plus tôt les étudiants du monde de l’entreprise. « Nous devons collectivement faire en sorte que le diplôme ne marque plus le début de la recherche d’emploi, mais qu’il vienne consacrer une insertion professionnelle déjà engagée », a-t-il affirmé.

Les stages de longue durée, les projets menés avec les entreprises et l’alternance occupent une place centrale dans cette approche. Ils permettent aux étudiants de découvrir les contraintes du travail avant la fin de leur cursus et de commencer à construire une expérience professionnelle sans attendre la remise du diplôme. Pour Sébastien Le Bonté, cette transition relève d’une responsabilité partagée entre les établissements d’enseignement supérieur, les entreprises, les institutions et les jeunes eux-mêmes.

Son propre parcours lui a servi d’exemple. Docteur en génie des procédés, il s’imaginait d’abord travailler dans la recherche. Une opportunité internationale l’a conduit vers l’industrie, puis vers des responsabilités de direction. Il en a tiré un conseil simple : « Construisez vos projets avec ambition, mais ne vous enfermez jamais dans une seule trajectoire. »

La composition internationale de la promotion donne un écho particulier à cette invitation. Les 83 étudiants venus de vingt pays ont suivi leur formation dans un environnement où se croisent des cultures, des méthodes de travail et des aspirations différentes. Leur présence renforce la dimension internationale de l’école et prépare les diplômés à évoluer dans des organisations de plus en plus ouvertes.

La soirée a célébré un accomplissement sans masquer ce qui vient après. Le diplôme sanctionne un parcours exigeant, mais il n’efface ni l’incertitude des débuts ni la transformation rapide des métiers. Les jeunes managers de cette 15ᵉ promotion entreront dans des organisations soumises à la numérisation, à la concurrence et à l’évolution constante des compétences.

Ils devront apprendre encore, changer parfois de voie et préserver leur jugement dans des environnements où la réussite ne se mesure pas seulement au premier poste obtenu. Jeudi soir, les familles ont applaudi le chemin parcouru. Dès le lendemain, les diplômés avaient devant eux celui qu’il leur reste à construire.