Nabil ESSATAB consacre sa thèse de médecine à l’accouchement chez la femme cardiaque

Nabil ESSATAB consacre sa thèse de médecine à l’accouchement chez la femme cardiaque

Hicham TOUATI 

La grossesse entraîne chez la femme une série d’adaptations physiologiques profondes. Si celles-ci sont généralement bien supportées, elles peuvent modifier l’équilibre clinique des patientes atteintes d’une cardiopathie et accroître les risques pour la mère comme pour le fœtus. Cette problématique est précisément l'objet de la thèse de médecine L’accouchement chez la femme cardiaque, soutenue en 2026 à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca par Nabil Essatab, sous la direction du professeur Mohamed Jalal.

Fruit d’une étude rétrospective monocentrique, ce travail s’appuie sur l’expérience du service de gynécologie-obstétrique du CHU – Hôpital Mère-Enfant Abderrahim Harouchi de Casablanca. Les données analysées couvrent une année, du 1ᵉʳ août 2024 au 31 août 2025, et concernent douze femmes enceintes présentant une cardiopathie documentée.

L’objectif était multiple. Il s’agissait d’abord de dresser le profil épidémiologique, clinique, paraclinique et évolutif des patientes prises en charge au cours de leur grossesse et de leur accouchement. Le travail s’est également attaché à examiner les modalités de la prise en charge obstétricale et anesthésique, avant de confronter les résultats obtenus aux données disponibles dans la littérature nationale et internationale.

Au sein de cette série, la fréquence des cardiopathies au cours de la grossesse s’établit à 0,11 %. Les patientes avaient en moyenne 31 ans et la multiparité était la situation la plus fréquemment observée. Les valvulopathies constituaient la principale cause de cardiopathie, représentant 41,7 % des cas, avec une prédominance de l’insuffisance mitrale. Elles étaient suivies des cardiopathies congénitales (25 %), des cardiomyopathies (16,7 %) puis d’autres formes de cardiopathies. Dans la majorité des situations, l’affection cardiaque était connue avant le début de la grossesse, tandis que la dyspnée représentait le principal motif clinique à l’admission.

Les observations montrent également que la plupart des patientes ont été prises en charge au cours du troisième trimestre de la grossesse. L’accouchement s’est déroulé par voie basse dans 37,5 % des cas, tandis que la césarienne concernait 62,5 % des patientes. Celle-ci était le plus souvent programmée et réalisée sous rachianesthésie.

L’évolution clinique rapportée par cette étude apparaît favorable. Aucune complication cardiovasculaire maternelle majeure n’a été observée durant la grossesse, le travail ou le post-partum immédiat. Les suites maternelles ont été simples pour l’ensemble des patientes. Sur le plan fœtal, deux cas de prématurité ont été recensés, sans qu’aucun décès fœtal ne soit enregistré.

Au-delà des résultats chiffrés, cette recherche met en perspective la réalité observée à Casablanca avec celle décrite dans plusieurs pays en développement, où la fréquence et le profil des cardiopathies gravidiques présentent des caractéristiques similaires. Elle rappelle surtout que le pronostic maternel et fœtal repose sur plusieurs leviers complémentaires : un suivi prénatal régulier, une évaluation cardiovasculaire rigoureuse et une coordination étroite entre les différentes spécialités impliquées dans la prise en charge.

En apportant des données issues d’une expérience clinique locale, cette thèse enrichit les connaissances sur la grossesse chez les femmes atteintes de cardiopathie. Elle offre également des éléments susceptibles d’alimenter l’amélioration des pratiques médicales et la réflexion autour de futurs protocoles adaptés aux réalités du contexte national.