Mohammed VI : un quart de siècle au service d’un Maroc plus juste
Hicham TOUATI
En ce 29 juillet 2025, veille du 26ᵉ anniversaire de son intronisation, Sa Majesté le Roi Mohammed VI , fidèle à la tradition, a adressé un discours à la Nation qui se distingue à la fois par sa profondeur politique, sa rigueur sociale et sa charge symbolique. Plus de deux décennies après le serment d’allégeance qui scella son avènement au Trône, le souverain renouvelle, avec gravité et lucidité, son engagement envers un Maroc solidaire, équitable et souverain.
Loin d’un exercice cérémoniel figé, cette allocution royale s’impose comme une déclaration de principes, un bilan d’étape et une feuille de route pour les années à venir. Le Roi y pose une exigence morale forte : celle de faire du développement un levier de justice territoriale et de cohésion sociale, dans un Royaume qu’il veut pleinement unifié dans ses ambitions comme dans ses chances.
Le Souverain revendique d’emblée les fruits d’un itinéraire réfléchi. Ce qui a été accompli, insiste-t-il, « n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une vision de long terme, de choix stratégiques judicieux, et de la stabilité politique et institutionnelle dont jouit le Maroc ». Une stabilité précieuse dans un monde traversé par l’incertitude, que le Roi oppose à l’agitation géopolitique ambiante.
Les résultats sont là : croissance soutenue, infrastructures de qualité mondiale, diversification économique et affirmation d’une « économie compétitive, diversifiée et ouverte ». Le Maroc enregistre, depuis une décennie, un essor remarquable dans les secteurs à forte valeur ajoutée, à commencer par l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, l’agro-industrie et le tourisme. L’exportation industrielle a plus que doublé depuis 2014. Le Royaume, souligne le Roi, s’est imposé comme un partenaire fiable et une terre d’investissement connectée à près de trois milliards de consommateurs grâce à ses accords de libre-échange.
Mais au-delà de ce tableau de croissance, Mohammed VI trace un seuil moral : le progrès n’a de légitimité que s’il améliore concrètement la vie des citoyens. « Je ne saurais être satisfait, quels que soient les progrès accomplis en matière de développement économique ou d’infrastructures, si ces avancées ne se traduisent pas par une vie digne pour tous les Marocains », affirme-t-il dans un passage central du discours. Une déclaration d’une sobriété pénétrante, qui impose un recentrage sur l’essentiel.
À cet égard, le souverain salue la dynamique enclenchée par les politiques sociales : le recul de la pauvreté multidimensionnelle, tombée de 11,9 % à 6,8 % entre 2014 et 2024, et le franchissement, cette année, du seuil de “développement humain élevé”. Mais il déplore, sans détours, la persistance de poches de précarité, notamment en milieu rural, où le manque d’infrastructures et de services de base constitue encore une entrave à l’égalité des chances. Il rejette sans ambiguïté l’idée d’« un Maroc à deux vitesses ».
C’est ici que le discours se fait volontariste. Le Roi appelle à une “véritable transition vers une politique de développement territorial intégré”, rompant avec les approches sociales fragmentées. Le Maroc, affirme-t-il, doit désormais concevoir des programmes de nouvelle génération, centrés sur les spécificités régionales, la solidarité interterritoriale, et des priorités concrètes : création d’emplois locaux, renforcement des services sociaux fondamentaux (éducation, santé), gestion anticipative des ressources hydriques face au stress climatique, et mise en cohérence avec les grands chantiers nationaux.
À un an des élections législatives de 2026, Mohammed VI en appelle à la transparence, à la rigueur et au respect du calendrier constitutionnel. Il enjoint le ministère de l’Intérieur à entamer sans délai des consultations politiques avec les partis, afin que le cadre légal soit établi et connu avant la fin de l’année. Une volonté claire de garantir la crédibilité du processus démocratique.
Sur le registre diplomatique, fidèle à sa constance, le Roi renouvelle sa main tendue à l’Algérie. Il qualifie le peuple algérien de « peuple frère », uni au peuple marocain par « l’histoire, la langue, la religion et la géographie ». Il réaffirme son attachement à un dialogue sincère, fraternel et responsable, afin de dépasser le statu quo et ouvrir la voie à un avenir maghrébin partagé. Une offre sans conditions, dans le droit fil d’une diplomatie marocaine fondée sur la patience stratégique.
Sur la question du Sahara, le Roi exprime sa satisfaction quant au soutien international accru à l’initiative d’autonomie, qu’il qualifie de « seule voie réaliste » pour clore le différend. Il salue notamment le soutien explicite du Royaume-Uni et du Portugal, rejoignant le cercle croissant de nations qui reconnaissent la pleine souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.
Le discours s’achève par un hommage appuyé aux forces de sécurité, aux corps constitués et à la mémoire des souverains défuntes, les rois Mohammed V et Hassan II, dans une liturgie nationale qui allie respect des institutions et transmission spirituelle.
À travers ce discours, Mohammed VI se tient non pas au sommet d’un règne achevé, mais au cœur d’une œuvre qu’il veut prolonger et approfondir. Le Maroc qu’il dessine est celui d’une maturité assumée, d’une souveraineté économique renforcée, mais surtout d’un progrès équitablement réparti, à l’image de cette phrase pivot : « Il est temps de franchir un cap décisif dans la réduction des inégalités sociales et territoriales. ».
Le Roi ne célèbre pas seulement un règne. Il mobilise une Nation.




