Au centre Kan Yama Kan Demain à FèsJdid , des jeunes réinventent leur avenir numérique

Au centre Kan Yama Kan Demain à FèsJdid , des jeunes réinventent leur avenir numérique

Hicham TOUATI 

Dans le quartier Moulay Ali Chrif à FèsJdid, le centre Kan Yama Kan Demain redonne souffle et direction à une jeunesse longtemps laissée pour compte. Grâce à une formation pointue en programmation web et un accompagnement humain d’une rare qualité, d’anciens décrocheurs scolaires trouvent aujourd’hui leur place dans une société numérique en pleine mutation. Un exemple éloquent d’une seconde chance saisie à pleines mains, au croisement de l’éducation, de la solidarité et de l’innovation.

En ce mardi 15 juillet, le centre Kan Yama Kan Demain, niché au cœur de Fès, a résonné des éclats d’un espoir méthodiquement reconstruit. Sur les visages concentrés des jeunes venus défendre leurs projets de fin de formation en programmation numérique, transparaissait un mélange subtil de fierté et de soulagement. Devant une commission scientifique pluridisciplinaire, ces apprenants, longtemps tenus à l’écart des bancs de l’école, ont brillamment démontré leur maîtrise de la création de sites web, clôturant une année d’effort intense et de résilience.

L’événement, plus qu’une simple évaluation académique, incarnait l’aboutissement d’un itinéraire singulier : celui de jeunes que la vie avait précocement poussés vers les marges, et qui ont su saisir une « deuxième chance » inespérée, offerte sur un « plateau d’argent » par l’Association Marocaine d’Aide aux Enfants en Situation Précaire. Grâce au centre Kan Yama Kan Demain, ces talents trop longtemps ignorés ont été arrachés à la rue et à ses dangers, et dotés d’un bagage solide dans un secteur porteur : les technologies du numérique.

Achhad MOUMMY, coordinateur bénévole du centre, évoque avec émotion et détermination cette dynamique de transformation : « Je remercie toutes les parties prenantes — l’Initiative Nationale pour le Développement Humain, les Centres de la deuxième chance nouvelle génération, l’Académie de la région Fès-Meknès, la direction provinciale du ministère de l’Éducation nationale à Fès, sans oublier l’organisation Drosos, qui ont cru à cette mission et nous ont permis de former ces jeunes à un métier d’avenir. »

La soutenance des travaux, qui s’est étalée sur plus de quatre heures et demie, n’était pas un simple rituel académique ; elle relevait d’un hommage vibrant au chemin parcouru. Un témoignage de rigueur, de persévérance, et d’un apprentissage intégré dans les réalités d’un marché de l’emploi en perpétuelle mutation.

Au milieu des applaudissements nourris et des regards humides, les véritables héros de cette journée ont tenu à prendre la parole. Tour à tour, les jeunes bénéficiaires ont exprimé, avec une sincérité bouleversante, leur profonde gratitude envers l’Association, sa présidente, « qui a cru en nous quand plus personne ne le faisait », envers le coordinateur M. Achhad MOUMMY, pour sa proximité humaine et son engagement quotidien, ainsi qu’à l’ensemble du personnel administratif et pédagogique, « véritables tuteurs de notre nouvelle vie ». Ils ont salué également les partenaires institutionnels, dont le soutien constant a rendu ce parcours possible. À l’unanimité, ils lancent un appel à leurs semblables : « À tous ceux qui ont quitté l’école trop tôt : venez à Kan Yama Kan Demain. C’est ici que votre avenir peut reprendre racine, avec dignité, compétence et espoir. »

Mais le rayonnement du centre ne s’arrête pas à ses murs. Il s’inscrit dans une dynamique d’ouverture. La veille, le 14 juillet, des représentants du centre avaient été conviés à la célébration de la fête nationale française à la consulat de France à Fès, preuve du dialogue interculturel et institutionnel auquel aspire l’association. « Notre participation témoigne de notre volonté de multiplier les passerelles pour l’intégration professionnelle de nos jeunes. À cet égard, les diplômés de la section Son et Lumière collaborent déjà activement avec l’Institut français, notamment lors de spectacles et d’événements organisés dans notre espace », précise M.MOUMMY.

Cette interaction étroite avec les acteurs institutionnels, culturels et diplomatiques confirme la vocation de l’association à œuvrer pour une insertion sociale et économique durable. Le partenariat engagé avec l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Fès-Meknès renforce cette ambition collective, fondée sur le principe d’un travail participatif et inclusif.

En toile de fond, une silhouette discrète mais essentielle se détache : celle de la présidente de l’association, figure de dévouement et de sacrifice. « Elle a dédié sa vie à ces jeunes, dans l’ombre, avec abnégation et un patriotisme exemplaire. Mon hommage envers elle est infini », confie avec solennité M. MOUMMY.

À Kan Yama Kan Demain, la promesse d’un avenir ne relève plus de la fiction : elle est désormais codée dans chaque ligne de programme, illuminée par chaque faisceau de lumière scénique, et ancrée dans la détermination tranquille d’une jeunesse à qui l’on a rendu foi en sa propre capacité à bâtir.