À Casablanca, une ouverture maîtrisée pour un congrès international conjuguant exigence scientifique, organisation exemplaire et coopération académique
Hicham TOUATI
À la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Aïn Chock, la première édition du congrès international « Langages, Cultures et Transmission » a ouvert ses travaux dans une effervescence intellectuelle rare. Entre ambitions scientifiques affirmées, dialogues interculturels féconds et signatures structurantes, cette première journée a donné à voir une communauté académique résolument tournée vers l’avenir des savoirs à l’ère du numérique.
Casablanca. Dès les premières heures de la matinée du vendredi 27 mars 2026, la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Aïn Chock s’est muée en un véritable carrefour des idées, accueillant chercheurs, enseignants et doctorants venus du Maroc et de l’international pour la première édition du congrès « Langages, Cultures et Transmission », placé sous le signe du jeu et de la ludification à l’ère du numérique. Dans une atmosphère empreinte de rigueur académique et de convivialité, les participants ont été chaleureusement accueillis, saluant unanimement une organisation d’une grande qualité, à la fois fluide et attentive aux moindres détails.
La cérémonie d’ouverture a donné le ton d’une rencontre ambitieuse, marquée par la convergence des institutions et des visions. Les allocutions inaugurales ont insisté sur la nécessité de repenser les modes de transmission des savoirs dans un monde traversé par les mutations technologiques, où le jeu s’impose désormais comme un levier heuristique et didactique majeur. Très vite, les premières séances plénières ont prolongé cette réflexion en explorant les liens entre politiques éducatives, stratégies institutionnelles et enjeux contemporains de la ludification, réunissant des figures académiques de premier plan issues de différentes universités marocaines et étrangères .
Au cœur de cette première journée, l’intervention du professeur Chakib Tazi, directeur du laboratoire CREDIF à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, s’est distinguée par sa profondeur conceptuelle et sa portée intellectuelle. À travers une lecture érudite de l’œuvre « Hayy ibn Yaqdhan » d’Ibn Tofaïl, il a proposé une réflexion audacieuse sur les rapports entre fiction, connaissance et construction du sens. Loin de se limiter à une analyse littéraire, son propos a mis en lumière la puissance de la fiction comme outil épistémologique, capable de transformer le lecteur en acteur de sa propre quête de vérité.
Dans un second temps, le professeur Tazi a développé l’idée selon laquelle la ludification ne relève pas d’un simple effet de mode pédagogique, mais constitue une structure profonde de l’apprentissage humain. En s’appuyant sur l’architecture des « septénaires » dans l’œuvre d’Ibn Tofaïl, il a montré comment le récit devient un véritable « dispositif de jeu » où progression intellectuelle et élévation spirituelle s’entrelacent. Cette approche, à la croisée de la philosophie, de la didactique et des sciences cognitives, a suscité un vif intérêt au sein de l’auditoire, confirmant la place centrale de cette communication dans les débats du congrès.
Parallèlement aux échanges scientifiques, cette première journée a été marquée par la signature d’une convention de coopération entre le laboratoire CREDIF et le laboratoire LADSIS. Cet accord, d’une portée stratégique, vise à structurer un partenariat durable autour de projets de recherche communs, de formations doctorales conjointes et de co-publications scientifiques. En favorisant la mutualisation des ressources, l’encadrement partagé des thèses et l’organisation conjointe de manifestations académiques, cette convention incarne une volonté affirmée de renforcer les synergies entre institutions et de consolider un espace scientifique ouvert et collaboratif.
L’après-midi a prolongé cette dynamique à travers des sessions parallèles d’une grande richesse, couvrant des axes variés allant de la médiation culturelle à la didactique des langues, en passant par les enjeux identitaires et sociétaux du numérique. La diversité des langues de communication – français, anglais et espagnol – a conféré aux échanges une dimension résolument internationale, tandis que la qualité des interventions a été saluée par l’ensemble des participants, témoignant d’un haut niveau d’exigence scientifique.
Au terme de cette première journée, un sentiment partagé se dégage : celui d’un colloque réussi, à la hauteur des attentes qu’il suscitait. La rigueur des communications, la pertinence des thématiques abordées et la qualité des interactions humaines ont contribué à installer un climat de confiance et d’émulation intellectuelle. Déjà, les regards se tournent vers la deuxième journée, riche en interventions de doctorants et en perspectives innovantes autour de l’intelligence artificielle et des pédagogies actives, laissant entrevoir des prolongements prometteurs.
La première journée de ce congrès aura ainsi tenu toutes ses promesses, installant un espace de dialogue fécond où la rigueur scientifique s’est conjuguée à une réelle qualité d’échange humain. Entre la richesse des communications, la pertinence des débats et la portée structurante de la convention signée, les fondations d’une collaboration durable semblent désormais solidement posées. Reste à la seconde journée à prolonger cet élan, en approfondissant les pistes esquissées et en ouvrant de nouvelles perspectives, à la hauteur des attentes suscitées par cette entrée en matière particulièrement réussie.


