Philosophie en partage à Fès : Institut français, UEMF et USMBA ouvrent l’École de la pensée critique à la cité, avec la presse universitaire et scolaire

Philosophie en partage à Fès : Institut français, UEMF et USMBA ouvrent l’École de la pensée critique à la cité, avec la presse universitaire et scolaire

Hicham TOUATI 

Du 9 au 11 février 2026, Fès a retrouvé sa vocation de cité du savoir et du débat en accueillant la 11ᵉ édition des Rendez-vous de la philosophie. Porté par l’Institut français du Maroc, en partenariat avec l’Université euro-méditerranéenne de Fès (UEMF) et l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah (USMBA), l’événement a articulé formation doctorale, échanges scientifiques et rencontres ouvertes au public autour d’une interrogation centrale : « L’ambivalence des passions. Où va le monde ? » Universitaires, philosophes, étudiants, citoyens, mais aussi médias universitaires et presse scolaire ont ainsi participé à une même dynamique : faire circuler la pensée au-delà des cercles spécialisés.

Le programme s’est ouvert à l’UEMF avec l’École doctorale de la pensée critique, qui a réuni pendant trois jours des doctorants de différentes disciplines aux côtés de philosophes marocains et internationaux. L’objectif est de renforcer l’analyse, de croiser les approches et de décloisonner les savoirs dans un esprit de transdisciplinarité. Pour Abderrahman Tenkoul, doyen de la Faculté des sciences humaines et sociales, l’enjeu dépasse la formation académique : la philosophie doit permettre d’introduire une distance critique face aux dérives contemporaines et aider à « voir lucidement ce qui se produit » dans un contexte marqué par les radicalités et les replis.

La réception organisée le 9 février à la résidence de la consule générale de France à Fès a rappelé la portée culturelle et diplomatique de ces rencontres. Carine Foeller Viallon a insisté sur la volonté de faire sortir la philosophie des amphithéâtres pour la porter dans l’espace public et en faire un lieu de dialogue fondé sur le respect et l’acceptation de l’autre. Chaque édition réunit près d’une quarantaine de philosophes venus du Maroc, de France, d’Europe et d’Afrique. Pour Gérald Brun, attaché de coopération scientifique et universitaire à l’ambassade de France, cette diversité constitue l’une des forces d’un événement qui permet aux étudiants, aux enseignants et au grand public de s’approprier les outils de la réflexion philosophique.

La présence du média universitaire Universitatv a illustré l’appropriation de la manifestation par la communauté académique. Gérald Brun y voit un indicateur significatif : « Le fait qu’Universitatv, média de la communauté universitaire, soit présent pour partager notre passion pour la philosophie montre que l’université est pleinement intégrée dans cet événement et qu’elle le porte avec nous. »

Mardi 10 février, la nocturne philosophique de Fès a prolongé cette ouverture vers la cité. Dans un message du président de l’USMBA, prononcé par le doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines Dhar El Mehraz, la dimension historique et intellectuelle de la ville a été rappelée : « Fès n’est pas seulement une ville d’histoire. Elle est aussi une ville de questionnement, de circulation des idées et de confrontation féconde des points de vue. » Le texte a également souligné la mission de l’université comme « espace de liberté intellectuelle où l’on apprend à interroger les certitudes, à croiser les disciplines et à inscrire la réflexion académique dans les réalités sociales et humaines ».

La soirée a été marquée par un autre signal fort : la présence active de la presse scolaire. L’équipe technique composée d’Aya et Mouad, du centre d’épanouissement Oum Aymen, a assuré la captation aux côtés de deux élèves journalistes du Groupe scolaire Aljabr de Fès, Kenza Filali et Rooa Amzine. Les deux lycéennes ont notamment interviewé la consule générale de France, également directrice de l’Institut français. Celle-ci a salué leur présence, la qualité de leur expression en français et la pertinence de leurs questions. À travers cette participation, la philosophie s’est affirmée comme un exercice de formation citoyenne autant qu’un domaine académique.

Le troisième jour a renforcé la dimension scientifique et pédagogique du programme. Au micro d’Universitatv, le professeur Hassan Idbrahim, coordinateur de l’événement à l’Institut français de Fès avec l’USMBA, l’UEMF et plusieurs établissements scolaires, a rappelé l’ambition essentielle : « Cet événement vise à sensibiliser au discours philosophique, voire à la démocratiser. »

À la Faculté des lettres Dhar El Mehraz, un colloque scientifique suivi de quatre ateliers a abordé des questions directement liées aux enjeux contemporains : écologie et environnement, pensée politique, démocratie et citoyenneté, philosophie du langage et de l’éducation. Selon l’enseignant-chercheur Hatim Amzil, ces travaux ont réuni des intervenants de l’USMBA ainsi que des universitaires français et syriens, illustrant l’ouverture internationale de la manifestation.

Dans l’un des ateliers, consacré à l’institution citoyenne, le professeur Hassan Belmakadem a examiné les différentes formes de démocratie et les obstacles qui en limitent l’exercice, en interrogeant le rôle concret de la participation des citoyens. Un étudiant en master a résumé l’intérêt de ces échanges : ils abordent « des sujets d’une brûlante actualité, comme la montée des populismes et la démocratie représentative », tout en offrant aux étudiants « des rencontres d’exception » au sein de leur université.

Au terme de ces trois journées, une cohérence apparaît. Les Rendez-vous de la philosophie ne se limitent pas à un cycle de conférences. Ils relient recherche doctorale, débat public et transmission aux jeunes générations. L’engagement conjoint de l’Institut français, de l’UEMF, de l’USMBA, des philosophes invités, des médias universitaires et de la presse scolaire dessine un même horizon : faire de la pensée critique un bien commun. Dans un monde traversé par des passions souvent conflictuelles, la philosophie retrouve ici sa fonction première : créer les conditions d’une compréhension partagée et d’un dialogue possible.