AREF Fès-Meknès en 2025: une transition éducative mesurée par les chiffres
Hicham TOUATI
Au cours de l’année 2025, l’Académie régionale de Fès-Meknès a engagé une transformation progressive de l’école publique autour de quatre axes structurants : déploiement des établissements pionniers, élargissement de l’offre scolaire, renforcement du soutien pédagogique et revitalisation de la vie scolaire. Derrière les indicateurs officiels, c’est toute une dynamique éducative territoriale qui se dessine, plus lente que spectaculaire mais perceptible dans le quotidien des élèves, des enseignants et des établissements.
Le bilan chiffré de l’année 2025 au sein de l’Académie de Fès-Meknès montre d’abord l’ampleur prise par les établissements pionniers. Dans le primaire, ce réseau compte désormais 563 écoles pionnières qui scolarisent 238 483 élèves, soit environ 55 % des effectifs du cycle, et mobilisent 10 081 enseignantes et enseignants appuyés par 124 inspectrices et inspecteurs. Au collège, 96 établissements pionniers accueillent 87 656 élèves encadrés par 2 793 enseignantes et enseignants, sous la supervision de 106 inspecteurs. Ces chiffres traduisent un changement d’échelle. Ils s’accompagnent de la mise en place de cellules de veille, de dispositifs d’accompagnement psychologique et de formations ciblées, plus de 2 793 enseignants ayant par exemple bénéficié d’actions de formation, dont 240 spécifiquement orientés vers l’animation des activités parallèles.
Cette montée en puissance des établissements pionniers s’inscrit dans un mouvement plus large d’élargissement de l’offre scolaire. En 2025, quarante-sept nouvelles institutions ont été retenues, dont vingt-sept en milieu rural, et huit internats supplémentaires ont été créés. Trois cent soixante-trois salles de classe ont été aménagées dans le cadre de l’extension des établissements. Le nombre de classes à niveaux multiples a été réduit à 3 244, ce qui représente 18,25 % de l’ensemble des classes, et près de 85 % de ces classes ne regroupent plus que deux niveaux au maximum. L’effort est tout aussi visible dans le préscolaire. Par rapport à l’année précédente, 6 500 enfants supplémentaires ont été accueillis. Au total, environ 70 300 filles et garçons fréquentent désormais le préscolaire public. Plus de 500 nouvelles classes ont été ouvertes, 348 salles dédiées ont été construites et près de 500 éducatrices et éducateurs ont été recrutés par des associations partenaires pour l’année scolaire 2025-2026. La formation de ce personnel a été renforcée : 618 éducatrices et éducateurs ont suivi un parcours de formation dont la durée est passée de 400 à 950 heures. À l’entrée en première année du primaire, 70 000 enfants ont fait l’objet d’une évaluation systématique de leurs acquis, ce qui illustre la volonté de suivre les parcours dès les premiers pas dans la scolarité obligatoire.
L’amélioration de l’offre concerne aussi les infrastructures et les ressources pédagogiques. Trois cent trente-huit établissements ont bénéficié de travaux de réhabilitation. Environ 1 569 coins lecture ont été installés dans les classes du primaire et 3 357 ouvrages ont rejoint les bibliothèques de proximité sur la base d’une liste nationale de référence. Sur le plan numérique, 4 305 salles ont été équipées en dispositifs multimédias, dont 2 914 dans le primaire et 1 305 dans le secondaire, et 5 365 tableaux numériques ont été déployés. Soixante-et-un millions de dirhams ont été mobilisés pour financer les projets des établissements intégrés dans le programme d’institution intégrée, ce qui témoigne d’un investissement conséquent dans la modernisation de l’environnement scolaire.
Le soutien pédagogique apparaît comme un autre chantier structurant. Un programme régional de soutien a été lancé en parallèle à la planification des cours et des examens. Plus de 483 827 élèves en ont bénéficié, notamment dans le cadre de séances de renforcement des apprentissages de base. Plus de 1 030 écoles primaires ont été impliquées dans des activités de lecture, de calcul et d’expression motrice, tandis que 633 collèges ont développé des modules sportifs et culturels supplémentaires. Les résultats se lisent dans l’évolution des principaux indicateurs. Le taux de réussite au baccalauréat a progressé de 72,45 % à 80,07 % entre 2022-2023 et 2024-2025, soit une hausse de 12,75 points. Au troisième niveau du collège, le taux de réussite a atteint 81,86 %, contre 69,11 % deux ans plus tôt, et en sixième année du primaire, il s’établit à 95 % au lieu de 94,16 %. La baisse de la répétition est également significative. Dans le primaire, le nombre de redoublants est passé de 37 457 à 27 566 en deux ans, ce qui correspond à une diminution de 26,4 %. Au collège, les redoublants sont passés de 55 727 à 29 903, soit une baisse de 61,6 %. Dans le secondaire qualifiant, la réduction atteint 10,7 %. Les taux d’abandon suivent la même tendance. Au collège, ils ont diminué de 10,90 % à 6,67 % en trois ans, et au lycée de 7,70 % à 5,51 %. En valeur absolue, le nombre d’élèves sortant du système éducatif a reculé de 43 528 à 31 396 entre 2022-2023 et 2024-2025, ce qui signifie que plus de 12 000 élèves supplémentaires ont pu être maintenus dans le système scolaire. Le soutien ne se limite pas aux apprentissages académiques. Quelque 36 012 élèves ont pris part à un programme de promotion de la santé psychique, signe qu’une attention nouvelle est portée au bien-être à l’école.
La revitalisation de la vie scolaire complète ce tableau. Dans le domaine culturel et citoyen, plus de 200 festivals et rencontres ont été organisés au niveau provincial et régional. Environ 500 000 élèves ont participé à des activités théâtrales, musicales, scientifiques ou de lecture publique. Deux cent quarante manifestations ont été consacrées à la valorisation des initiatives des élèves et à l’ouverture des établissements sur leur environnement. Les clubs numériques, de programmation et de robotique ont permis à plusieurs équipes d’élèves d’obtenir des distinctions nationales et internationales. Le sport scolaire confirme lui aussi cette dynamique. Les associations sportives sont désormais présentes dans 100 % des établissements du secondaire et dans 68,31 % des écoles primaires. Six cent trente-trois établissements participent à des compétitions sous le label “Sport et études”, couvrant onze disciplines. Quatre championnats nationaux ont été organisés et les équipes de la région ont obtenu 163 podiums, ce qui renforce le sentiment d’appartenance et la motivation des élèves. La dimension inclusive n’est pas absente de ce mouvement. Deux cent quatre-vingt-dix établissements accueillent des classes adaptées pour enfants en situation de handicap, bénéficiant à plus de 8 151 élèves, et des campagnes de sensibilisation ont été menées en faveur d’une culture scolaire plus inclusive.
L’année 2025 ne clôt pas le processus de transformation engagé à Fès-Meknès, mais les données quantitatives comme les initiatives qualitatives montrent une orientation de plus en plus nette. Les établissements pionniers se multiplient, l’offre scolaire se densifie, le soutien pédagogique s’ancre dans la durée et la vie scolaire se diversifie. Reste à savoir comment cette dynamique se traduira, sur le long terme, dans les pratiques ordinaires de classe, dans la réduction durable des inégalités territoriales et sociales et dans la capacité des élèves à construire des parcours d’apprentissage réellement émancipateurs. C’est à l’aune de ces enjeux que les prochaines années diront si la transition silencieuse observée aujourd’hui peut se transformer en changement profond et durable de l’école publique dans la région.











