ENCG de Fès: dix ans de réflexion pour réinventer l’économie du tourisme
Hicham TOUATI
À l’heure où le tourisme mondial se redessine sous l’effet conjugué de la transition numérique, de l’intelligence artificielle, des exigences de durabilité et des nouvelles attentes des voyageurs, l’École Nationale de Commerce et de Gestion de Fès accueille la 10ᵉ édition du colloque international « Économie du tourisme et management des entreprises touristiques », couplée à la 7ᵉ édition de l’atelier doctoral « Économie et Management des Organisations ». Porté par l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, le laboratoire LAREMEF, l’équipe de recherche Marketing, Management, Logistique et Tourisme, ainsi que le Département Finance, Contrôle et Audit, ce rendez-vous scientifique confirme, après une décennie d’existence, sa place dans le paysage académique national et international comme un espace de réflexion, de transmission et de proposition autour d’un secteur devenu stratégique pour le Maroc.
Dix ans déjà que ce colloque installe, à Fès, une tradition scientifique exigeante autour de l’économie touristique, du management des entreprises du secteur et des mutations profondes qui traversent les territoires. Cette pérennité n’est pas seulement une donnée chronologique ; elle traduit la capacité d’une institution universitaire à construire dans la durée, à fédérer des chercheurs, des experts, des professionnels et des doctorants, et à faire dialoguer la recherche académique avec les besoins réels des territoires et des opérateurs.
Dans son allocution d’ouverture, le président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah a d’emblée placé cette édition sous le signe de la pertinence et de l’actualité. Il a salué un colloque inscrit autour d’un thème qu’il a qualifié d’« évocateur » et de « pertinent », consacré à « l’économie du tourisme et management des entreprises touristiques ». Pour lui, cette rencontre incarne pleinement la stratégie de l’université, appelée à accompagner les grandes transformations économiques et sociales « à travers la recherche, l’innovation et l’ouverture internationale ». Le président de l’USMBA a également mis en relief la qualité du partenariat scientifique et institutionnel ayant permis l’organisation de cette manifestation, en soulignant l’implication d’acteurs académiques et professionnels de renom, parmi lesquels l’Université Sorbonne Paris Nord, l’Association Internationale de Management du Tourisme Durable, l’Université Assane Seck de Ziguinchor et l’Institut Supérieur International du Tourisme de Tanger.
À travers cette ouverture, c’est une conviction forte qui s’est exprimée : le tourisme ne peut plus être appréhendé comme un simple secteur de services, mais comme un levier transversal de développement. Le président de l’université l’a rappelé avec force en affirmant que le tourisme constitue aujourd’hui « un levier essentiel de croissance économique, de création d’emplois, de valorisation du patrimoine culturel et naturel, ainsi que de renforcement de l’attractivité territoriale du Royaume ». Il a, dans le même esprit, insisté sur l’articulation entre les travaux du colloque et les projets structurants de la région et du pays, notamment en matière de tourisme durable, d’entrepreneuriat, de compétitivité des organisations et d’attractivité territoriale.
Le directeur de l’ENCG de Fès a, pour sa part, donné à cette 10ᵉ édition une lecture à la fois académique, stratégique et prospective. Il a décrit l’organisation d’un événement d’une telle envergure comme le fruit d’« une orchestration minutieuse », d’« un dévouement sans faille » et d’« une synergie institutionnelle remarquable ». En rendant hommage aux coordinateurs scientifiques du colloque, les professeurs Aziz Hmioui, Eric Leroux, Lhoussaine Alla, Bouchra Rajouani et Badr Bentalha, il a souligné que leur leadership académique constituait l’un des piliers de cette réussite collective.
Son intervention a également eu le mérite de situer le colloque dans un contexte mondial troublé, marqué par ce qu’il a appelé une ère de « polycrise », où se croisent turbulences géopolitiques, impératifs de souveraineté économique, bouleversements climatiques et ruptures technologiques. Dans cette configuration, le tourisme apparaît comme un secteur sensible, exposé, mais également capable de se réinventer. Le directeur de l’ENCG a ainsi estimé que les modèles traditionnels montraient désormais leurs limites face à la complexité de l’écosystème touristique contemporain. L’enjeu, a-t-il souligné, n’est plus seulement « d’attirer des flux de visiteurs », mais de construire une « Tourism Supply Chain 5.0 humano-centrée et résiliente ».
Cette orientation traverse l’ensemble du programme scientifique. La séance plénière donne le ton avec des interventions de haut niveau consacrées à la blockchain et au tourisme, aux enjeux de l’encadrement dans l’hôtellerie classée, à l’Industrie 5.0 appliquée au tourisme, à la dynamique de l’industrie touristique au Maroc et aux modèles de touristicité durable et inclusive. La présence d’intervenants venus d’universités et d’institutions marocaines et étrangères confère à cette rencontre une dimension comparatiste précieuse, où l’expérience nationale dialogue avec les benchmarks internationaux et les approches issues d’autres contextes.
La richesse du colloque se mesure aussi à la diversité de ses onze ateliers parallèles. Le marketing touristique, le marketing des destinations, le patrimoine culturel, le tourisme durable, le marketing digital et intelligent, l’économie touristique, le management des entreprises touristiques, l’attractivité territoriale, les chaînes logistiques touristiques et la transformation digitale y sont abordés sous des angles complémentaires. De Fès à Dakhla, de Safi à Chefchaouen, de Meknès à Tanger, mais aussi du Sénégal au Canada, de l’Italie à la France, les communications inscrivent le tourisme dans une géographie élargie des savoirs, des pratiques et des défis.
L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans cette édition. Plusieurs contributions interrogent son impact sur le marketing de destination, la résilience touristique, l’optimisation du parcours client, la rétention, la gestion des talents, la gouvernance des données et l’attractivité des territoires. Mais le colloque ne cède pas à la fascination technologique. Il pose, au contraire, une question essentielle : comment mettre les outils numériques au service d’un tourisme plus intelligent, plus humain, plus durable et mieux ancré dans les territoires ? C’est précisément dans cette tension entre innovation et humanité que se situe l’une des lignes de force de cette édition.
Le patrimoine, lui aussi, occupe une place de choix. Les communications consacrées à la valorisation des terroirs, aux géomorphosites du Moyen Atlas, au tourisme vert, aux calèches de Meknès, aux patrimoines culturels sénégalais ou encore aux transformations des lieux d’hébergement rappellent que le tourisme ne peut être durable que s’il respecte les lieux, les mémoires, les populations et les équilibres naturels. À travers ces approches, le colloque rappelle que l’attractivité d’une destination ne se construit pas seulement par la promotion, mais par la qualité de l’expérience, la préservation du patrimoine et la gouvernance intelligente des territoires.
La dimension économique du tourisme est également fortement présente. Les débats sur la demande touristique, le taux de change, les contraintes environnementales, l’économie collaborative, les investissements directs étrangers, la performance économique, le tourisme religieux ou encore l’intelligence économique montrent que le secteur touristique est désormais au cœur des arbitrages de compétitivité. La perspective marocaine y trouve un relief particulier, à l’heure où le Royaume ambitionne de consolider son positionnement comme destination de référence, dans un contexte marqué par les grands événements internationaux, les infrastructures nouvelles et la montée en puissance des territoires.
L’atelier doctoral, associé à cette manifestation, donne enfin à cette édition une profondeur supplémentaire. En ouvrant l’espace aux jeunes chercheurs, le colloque ne se contente pas de faire le bilan des savoirs disponibles ; il prépare la relève, encourage l’audace scientifique et inscrit la recherche en management touristique dans une dynamique de transmission. Le directeur de l’ENCG l’a rappelé en souhaitant que cette rencontre dépasse le cadre strict de l’échange académique pour devenir un « véritable laboratoire d’idées », capable de produire des recommandations « tangibles, actionnables et pertinentes ».
Présent sur place, le staff d’Universitatv assure la couverture médiatique de cet événement scientifique majeur, dans le souci de rendre visibles les temps forts du colloque, de valoriser la parole des chercheurs et des professionnels, et de rapprocher le grand public des enjeux débattus au sein de l’université. Cette présence médiatique participe à l’élargissement de l’impact du colloque, en donnant à voir une université ouverte, vivante, connectée aux transformations de son temps et soucieuse de partager le savoir au-delà des murs académiques.
À Fès, capitale spirituelle et scientifique, cette 10ᵉ édition ne célèbre donc pas seulement la longévité d’un colloque. Elle confirme la maturité d’une réflexion collective sur un secteur appelé à jouer un rôle décisif dans le développement du Maroc et de ses territoires. Entre intelligence artificielle et patrimoine, performance économique et durabilité, attractivité territoriale et management humain, l’ETMET trace les contours d’un tourisme à réinventer. Un tourisme capable de conjuguer compétitivité et sens, innovation et mémoire, ouverture internationale et enracinement local. Et c’est peut-être là que réside la portée la plus profonde de cette rencontre : faire de la recherche non pas un simple commentaire du réel, mais l’un des moteurs lucides de sa transformation.









