chaque coup porté à un enseignant est un coup porté à l’avenir du pays

chaque coup porté à un enseignant est un coup porté à l’avenir du pays

Hicham TOUATI

Le décès de cette enseignante, poignardée par l’un de ses élèves dans un établissement de l’enseignement professionnel à Arfoud, plonge le pays tout entier dans une stupeur douloureuse. Ce drame, d’une brutalité inouïe, dépasse le simple fait divers pour devenir le symbole d’un système éducatif en crise, miné par une violence qui ne cesse de croître. Les salles de classe, censées être des sanctuaires du savoir, se transforment trop souvent en théâtres de tensions, d’affrontements, voire de barbarie.  

La violence scolaire, qu’elle soit entre élèves, dirigée contre les enseignants ou exercée par ces derniers, révèle une fracture profonde dans notre rapport à l’autorité, à l’éducation et au vivre-ensemble. Les professeurs, jadis figures respectées et protégées par une certaine sacralité du savoir, sont aujourd’hui exposés à des agressions d’une rare sauvagerie. Le cas de cette enseignante, tuée sous les coups d’un jeune étudiant, rappelle avec effroi les dangers auxquels font face policiers et gendarmes, régulièrement ciblés par des attaques à l’arme blanche.  

Pourtant, si les forces de l’ordre bénéficient de protections, de formations et d’un cadre juridique adapté pour répondre à ces violences, les enseignants, eux, sont livrés à eux-mêmes. Comment peut-on accepter que ceux qui portent le flambeau de l’instruction soient aussi vulnérables ? Comment tolérer que l’école, lieu d’émancipation, devienne un espace où la peur et l’insécurité règnent en maîtres ?  

Face à cette situation intolérable, le ministère de l’Éducation nationale ne peut plus se contenter de demi-mesures ou de condamnations de principe. L’urgence commande une action résolue, une refonte en profondeur des mécanismes de prévention et de protection au sein des établissements scolaires.  

Il est impératif de renforcer la présence de médiateurs et de psychologues dans les écoles, capables de détecter et de désamorcer les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Les programmes éducatifs doivent intégrer davantage l’enseignement du respect, de la citoyenneté et de la gestion non-violente des tensions. Parallèlement, une collaboration étroite avec les autorités locales et les forces de sécurité s’impose pour sécuriser les espaces scolaires et sanctionner avec fermeté les auteurs de violences.  

Mais au-delà des mesures techniques, c’est d’un sursaut collectif dont le Maroc a besoin. Parents, enseignants, élèves et décideurs doivent s’unir pour réaffirmer que l’école est un lieu sacré, où la violence n’a pas sa place. La mort de cette professeure doit servir d’électrochoc, sonner l’alarme avant qu’il ne soit trop tard.  

Car chaque coup porté à un enseignant est un coup porté à l’avenir du pays. Chaque élève qui brandit une arme au lieu d’un stylo est une promesse brisée. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action. Avant que l’école ne sombre définitivement dans le chaos.