Maroc/Sénégal: Au-delà d’une finale, la fraternité en partage

Maroc/Sénégal: Au-delà d’une finale, la fraternité en partage

Hicham TOUATI 

Quand le tumulte d’un match menace de déborder sur les relations humaines, il appartient aux voix responsables de rappeler l’essentiel : le sport est un langage de rassemblement, et les peuples du Maroc et du Sénégal partagent une histoire et des liens que ni une victoire ni une défaite ne sauraient fissurer.

La finale disputée dimanche 18 janvier 2026 entre le Maroc et le Sénégal a suscité une ferveur intense, parfois excessive dans les tribunes. Dans les heures qui ont suivi, des publications virales ont prétendu relayer des accrochages entre étudiants marocains et sénégalais. Très vite, des comptes anonymes et suspects ont amplifié ces récits, cherchant à transformer l’émotion sportive en discorde sociale. Mais au-delà du bruit numérique, la réalité des campus et des relations quotidiennes raconte une tout autre histoire : celle d’une cohabitation fraternelle, patiente et féconde.

Le Maroc et le Sénégal entretiennent de longue date des relations humaines, culturelles et académiques profondes. Des milliers d’étudiantes et d’étudiants sénégalais poursuivent leurs études dans les universités marocaines, tandis que des Marocains découvrent au Sénégal un pays frère, une hospitalité reconnue et une culture partagée. Ces échanges ont forgé des amitiés durables, bien loin des caricatures et des instrumentalisations.

Dans les amphithéâtres, les bibliothèques et les cités universitaires, la parole étudiante s’élève pour apaiser. Aïssatou, étudiante sénégalaise en sciences économiques à la FSJES de l'USMBA de Fès, refuse l’amalgame : « Nous avons tous vibré pour nos équipes, c’est normal. Mais réduire des peuples à des débordements, réels ou supposés, c’est oublier que nous vivons ensemble, que nous étudions et rêvons ensemble. » À ses côtés, Mariama, inscrite en sciences économiques, insiste : « Le sport ne doit jamais devenir un prétexte à la haine. Nos liens sont plus anciens et plus forts que le résultat d’un match. »

Du côté marocain, la même lucidité prévaut. Youssef, étudiant à l’Euromed de Fès, confie : « Mes meilleurs amis à la fac sont sénégalais. Nous avons regardé la finale ensemble. L’émotion était forte, oui, mais elle n’a jamais effacé le respect. » Salma, étudiante en droit des affaires, renchérit : « Les réseaux sociaux exagèrent et déforment. Sur le terrain de la vie quotidienne, il n’y a ni vainqueur ni vaincu, seulement des étudiants qui se soutiennent. » Même tonalité chez Amine, en ingénierie : « Ceux qui attisent la haine ne connaissent pas nos campus. Ici, la solidarité est réelle et constante. »

Ces voix rappellent une évidence souvent oubliée dans l’instantanéité des polémiques : la relation entre les peuples est au-dessus des aléas du sport. Une finale se gagne ou se perd ; la dignité, elle, se préserve dans la durée. Les tentatives de division, portées par des comptes sans visage ni responsabilité, ne sauraient faire écran à des décennies d’échanges, d’études partagées et de destins croisés.

À l’heure où l’émotion retombe, il revient à chacun : médias, institutions, citoyens, de privilégier la nuance et le calme. Le football, comme toute passion collective, doit rester un pont, jamais un mur. Et si cette finale a laissé des traces, qu’elles soient celles d’une prise de conscience : la fraternité maroco-sénégalaise ne se mesure pas au score d’un match, mais à la constance des liens humains qui, eux, ne connaissent ni prolongations ni tirs au but.