Le Maroc passe à l’ère numérique dans la lutte contre la triche scolaire

Le Maroc passe à l’ère numérique dans la lutte contre la triche scolaire

Hicham TOUATI 

À l’heure où les fraudes aux examens se sophistiquent à l’aide de technologies de plus en plus intrusives, le ministère marocain de l’Éducation nationale amorce un tournant décisif : un système électronique de détection du plagiat numérique, d’ores et déjà en phase de déploiement, pourrait bien redonner à l’épreuve du baccalauréat sa pleine légitimité.

Face à l’essor fulgurant des pratiques frauduleuses durant les examens, nourries par des moyens technologiques de plus en plus perfectionnés, le Maroc décide de frapper fort. Par la publication récente d’une note ministérielle à portée stratégique, datée de juin 2025, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement préscolaire et des Sports engage résolument l’école marocaine dans une nouvelle ère de moralisation de ses concours.

Le texte, signé par le secrétaire général par intérim, M. El Hussein Qodad, annonce la mise en place d’un système électronique de détection des cas de triche durant les examens scolaires, à commencer par les épreuves de la session de rattrapage du baccalauréat, prévue en juillet. Le dispositif vise explicitement les fraudes numériques, qui se sont multipliées ces dernières années, entachant la crédibilité des examens, sapant l’égalité des chances, et affaiblissant l’autorité des diplômes délivrés par l’école publique.

Inspiré par une double exigence d’équité et de modernisation, ce système repose sur des outils de détection en temps réel des communications électroniques suspectes à l’intérieur des salles d’examen, sans empiéter sur la vie privée des candidats. Le dispositif ne capte ni le contenu ni la source des échanges, mais identifie toute tentative de liaison avec un dispositif externe, dans une logique préventive et dissuasive. Il est couplé à une plateforme de supervision numérique à plusieurs niveaux — local, régional et national — permettant un suivi en continu des incidents signalés.

Ce déploiement s’inscrit dans une stratégie progressive. Il débute dans un nombre restreint de centres d’examen, choisis dans chaque académie régionale, et s’élargira dans une deuxième phase à l’ensemble des épreuves nationales. L’approche se veut expérimentale et inclusive, mobilisant les retours du terrain pour perfectionner les modalités d’usage. Des équipes dédiées, formées aux spécificités techniques du dispositif, seront chargées d’opérer les détections, tandis que la constatation effective des infractions restera du ressort des comités de surveillance locaux, conformément au cahier des procédures du baccalauréat.

L’impact d’une telle mesure dépasse largement le seul cadre du bac. En rehaussant la transparence et la rigueur des examens, le ministère redonne à cette épreuve-phare de l’enseignement secondaire une légitimité parfois mise à mal. Il s’agit aussi de restaurer un principe fondamental : celui du mérite comme unique critère d’évaluation. La triche numérique, insidieuse et souvent difficile à déceler, représentait une menace directe à cette idée fondatrice de l’école marocaine. L’initiative marocaine — rare dans le monde francophone — pourrait bien faire figure de modèle.

Car si l’expérience s’avère concluante, rien n’exclut qu’elle inspire d’autres départements ministériels dans l’organisation de leurs concours d’accès à la fonction publique ou aux grandes écoles. La convergence entre intégrité académique et innovation technologique est, plus que jamais, une exigence contemporaine.

En filigrane de cette réforme technico-éthique se lit une ambition plus vaste : réconcilier la jeunesse avec les valeurs de responsabilité, de probité et d’effort personnel. Dans une société où la tentation de la facilité guette chaque génération, ériger un rempart numérique contre la fraude revient à défendre l’une des dernières lignes de front du pacte éducatif.

Ainsi, le Maroc, en donnant l’exemple, s’arme contre l’érosion de la confiance dans ses institutions éducatives. L’école publique, sanctuaire du savoir et de la justice sociale, ne saurait tolérer que la triche, fût-elle numérique, devienne la norme. En ce sens, la note ministérielle n’est pas un simple acte administratif : elle est un signal fort, une déclaration de principe, et peut-être le début d’une révolution silencieuse.