L’Artisanat en milieu carcéral : une seconde chance par le savoir et le travail
Hicham TOUATI
Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la quatorzième édition du programme "Université en prison" s’est tenue à Fès, le 25 et 26 mars 2025, portant sur un thème d’une grande portée sociale et économique : "L’apport de l’artisanat fassi à la réinsertion des détenus à travers la formation et l’emploi". Cette initiative, portée par l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, illustre l’ouverture du monde académique aux enjeux de la réhabilitation carcérale et met en lumière la vocation humaniste et inclusive de l’enseignement supérieur marocain.
L’artisanat, bien plus qu’une activité économique, incarne un patrimoine culturel vivant et une source inestimable d’opportunités professionnelles. Il se présente ici comme un levier essentiel pour la réintégration des détenus, leur offrant des compétences concrètes et valorisables après leur libération. Ce programme n’est pas seulement un espace de transmission de savoir-faire ; il est aussi un vecteur d’espoir et un moteur de transformation sociale.
Les premiers ateliers, animés par des experts et des enseignants universitaires, ont permis aux participants d’acquérir des compétences en droit, en marketing numérique et en gestion de projet, autant d’outils indispensables à la mise en valeur des produits artisanaux. Parallèlement, des formations dédiées au développement personnel ont encouragé les détenus à construire une vision réaliste et ambitieuse de leur avenir. L’initiative a également donné lieu à des démonstrations en direct des métiers artisanaux emblématiques de Fès, du zellige au tissage en passant par la maroquinerie et la ferronnerie d’art, soulignant ainsi le potentiel créatif et productif qui peut s’épanouir derrière les murs de la prison.
La séance inaugurale de la deuxième journée, du 26 mars, entamée à 13h, a été marquée par la présence du président de l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, du président du Conseil régional de Fès-Meknès, du représentant de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, les directeurs régionaux de l’artisanat et de l’emploi, ainsi que le président de la Commission Régionale des Droits de l'Homme de Fès-Meknès, atteste de la convergence des efforts entre le monde académique, les autorités locales et les institutions socio-économiques pour faire de la réinsertion une réalité concrète. La projection d’un film institutionnel sur la contribution de l’université à la préservation de l’art du zellige a renforcé cette vision, illustrant comment un savoir ancestral peut devenir un instrument de réhabilitation et d’intégration sociale.
Au-delà des formations techniques, des discussions académiques approfondies exploreront les dimensions juridiques, économiques et sociales du travail artisanal en milieu carcéral. Elles mettront en exergue son rôle dans la réduction du taux de récidive et dans l’accompagnement des détenus vers une autonomie professionnelle. D’autres interventions souligneront l’importance du soutien psychologique, spirituel et artistique dans ce processus, en insistant sur la capacité du travail manuel à restaurer l’estime de soi et à favoriser une reconstruction identitaire positive.
Ce programme ne se limitera pas à des échanges théoriques : il mettra également à l’honneur des témoignages poignants d’anciens détenus ayant réussi à créer leur propre activité artisanale après leur libération. Leur parcours va démontrer sans aucun doute que la formation et l’emploi constituent les piliers d’une réinsertion réussie et durable. L’engagement de l’artiste plasticien Hassan Saber, à travers la création collective de l’œuvre Empreinte d’Espoir, ajoutera une dimension symbolique forte à cette initiative, soulignant le rôle fondamental de l’art dans le processus de réhabilitation.
Loin d’être un simple programme de sensibilisation, "Université en prison" incarne une approche novatrice de la justice sociale, où l’éducation et la formation remplacent l’exclusion et la marginalisation. Il reflète également la volonté du Maroc, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, de promouvoir une politique carcérale fondée sur la dignité humaine et la réhabilitation active.
En conjuguant savoir académique et apprentissage artisanal, cette initiative illustre une vision progressiste de la réinsertion : celle d’une société qui croit en la capacité de chacun à se réinventer et à retrouver sa place au sein de la communauté. Ce programme rappelle, en définitive, que la prison ne doit pas être une impasse, mais un espace de transition où le savoir et le travail ouvrent la voie vers un avenir meilleur.





